Aubin LeCOUFFLE
Aubin LeCOUFFLE



Aubin leCouffe & Louise Boudeau


Aubin Lecouffle, marin pêcheur, déserteur et pionnier
La naissance Aubin Lescoufle, sûrement en 1706, est introuvable. Sur une période relativement complète de l’état civil, le registre de 1706 a été perdu. Il ne se trouve ni aux Archives communales, ni aux Archives départementales. On connaît bien la date de naissance de son frère Louis, le 29 mars 1704. Puis, sur les trois années que Aubin et Louis naviguent (ensemble avant la mort du dernier à Terre-Neuve en 1731), Aubin se donne toujours deux ans de moins que son frère à l’embarquement. Donc ça laisse peu de place à l’erreur. Il est le douzième enfant du lit de Julien Lescoufle & Maurie Dauphin, mais plusieurs n’ont pas survécu.
Maurie Dauphin, orpheline de père à très bas âge, a été élevée par le deuxième mari de sa mère, Jean SABOT, matelot. C’est sans doute ce personnage qui donnera le goût de l’aventure à ses petits-fils «en loy».
Il y a d’abord Jean LESCOUFLE, qui fait quelques voyages jusqu’en 1725, date à laquelle il a déjà ses classes de matelot. Mais comme les rôles d’embarquement à Granville ne sont tenus qu’à partir de 1722, on ne connaît que son dernier voyage. Il navigue peut-être de Saint-Malo, ou même de Brest dans la Marine. Il semble rester à Saint-Pierre en l’année 1724, puisqu’il épouse Catherine Geslin le 8 juillet de cette année. Il s’embarque à Granville au printemps 1725 pour le Banc, à partir de Granville. Il est possible qu’il reprenne la mer par la suite, puisqu’il ne semble pas avoir d’enfant qui survivent. Un seul enfant, une fille baptisée et enterrée le même jour en 1730, apparaît dans les registres.
Suivant Jean, il y a Pierre LESCOUFLE déjà cité plus haut. Contrairement à ce que propose Blanche LeCouffe, il n’est pas marié à Jeanne Fontaine. Ce mariage filiatif indique clairement ce Pierre fils de Jacques Lescoufle Havaudière & Françoise Auger, et non le fils de Julien. En fait comme son frère Robert quelques semaines plus tôt, il prend une épouse Anne REUELLE à Saint-Michel-des-Loups le 16 février 1730 (au verso de la page su mariage de son frère). Il installe sa femme à St-Pierre et saison approchant, se dirige à Granville. Trois semaines après son mariage, soit le 8 mars, il s’embarque pour Gaspé pour de bon. Il ne revidra plus. A-t-il regretté ce mariage? À partir de 1731 dans le registre matricule du matelot, Pierre est indiqué « Resté à Gaspé », sans mention qu’il soit déserté. En fait, il semble donc toujours au service des armateurs puisque toujours inscrit au registre année après année jusqu’en 1736, où la mention « idem » (resté à Gaspé) est remplacé en 1736 par la note: « Mort s’étant noyé à la Grande-Rivière côte du Canada Le 10 8bre. Suivant la déclaration de Charles Blondel me d’habitation au dire duquel il étoit joint le travail de son bâtiment. » Il est fort probable que Aubin soit encore témoin de ce drame. Pendant son absence, les frère Robert et Jean Lescoufle semble s’occuper de leur belle-soeur délaissée. La nouvelle de la mort de Pierre semble atteindre Saint-Pierre à l’été ou l’automne 1737. Le 16 janvier suivant, en présence de Robert et Jean Lescoufle frères, Anne Reuelle veuve de Pierre Lescoufle épouse Julien Poirier à Saint-Pierre.
Aubin et son frère Louis s’engagent de leur côté pour la première fois sur LA PAIX, un morutiers en partance de Granville en 1729 en direction de Gaspé. Il naviguera avec son frère jusqu’à sa mort sur les côtes de Terre-Neuve en juin 1731. On peut penser qu’il a été témoin de ce décès, comme celui de Pierre 5 ans plus tard. (Voir les Carrières maritimes des frères Lecoufle). La mort de Louis ne ralentit pas les ardeurs d’Aubin. Il fait la traversée année après année, soit à Terre-Neuve ou à Gaspé, jusqu’à ce qu’il décide de rejoindre son frère en 1735. À la fin de l’été, après avoir servi ses maître pendant toute la campagne, Aubin LECOUFFLE a Déserté à Gaspé lors du départ du Nre. Il n’y a plus de trace de lui dans les registres matricules des maris. Tout semble indiquer qu’il n’y a pas de grandes conséquences à ce geste pour son auteur. Premièrement, outre le pot-de-vin touché au départ (avance sur le salaire éventuel, qui est généralement laissé à sa famille en sécurité), il déclare forfait de sa part des prises qui revient à l’équipage. En contrepartie, il ne se soustrait qu’au voyage de retour et au déchargement du navire. L’équipage touche généralement 1/5 des prises (valeur du poisson ou des marchandises). Chaque matelot touche selon son grade une part de ce lot (généralement une part pour le matelot moyen, 1,5 ou 2 parts pour les officiers, 2 ou 3 parts pour le Capitaine, et un quart ou une demi part pour les novices selon l’âge. Les très jeunes mousses ne touchent généralement rien, mais sont nourris logés et prennent du métier. Donc en principe, la désertion de l’un profite au reste de l’équipage qui a une part de moins à payer (après avances).
Les LESCOUFLE de Saint-Pierre-Langers
Il y a deux branches principales de Lecouffle ou Lescoufle dans la paroisse de Saint-Pierre-Langer. La première est établie au village de La Havaudière, et la nôtre au Village de La Séguinière. Ces lieux dits sont clairement identifiés sur le cadastre Napoléonien [Archives de la Manche]:
Selon les images satellitaires, le lieu n’a perdu que quelques bâtiments depuis.
Déchargement de la morue, plage à Percé, v1925. Musée McCord, MP-0000.25.609
Brillant par son absence
Aubin ne laisse aucune trace en Gaspésie de sa présence, ni de son mariage, de son vivant. Son beau-frère Jean Chicoine est cité vers 1748 à la Pointe-Saint-Pierre signalant les déplacements de vaisseaux anglais relayés au Conseil à Québec. Il semble bien épouser Louise Boudeau vers 1740.
La première mention de la famille sur place est effectué après le décès d’Aubin, au recensement Du Calvet de 1761, trouvé dans les Archives du Massachussetts par Régis Brun. Ceci deux ans après la destruction des postes côtiers par les troupes de Wolfe.
La destruction du Barachois
Ces années sont très tumultueuses pour les habitants de la Baie-de-Chaleurs. Après la chute de Louisbourg, les Anglais préparent la prise de Québec, le général Wolfe opère son Passage en Gaspé en septembre 1758. Ses hommes détruisent tous les établissements de pêche et habitations des côtes de la Gaspésie.
Parmi les victimes ou prisonniers, il faut peut-être compter les présumés beaux-frères Aubin LECOUFFLE, Jean CHICOINE dit COTTON et Jean BOUDEAUX. D’abord, leurs épouses sont toutes veuves en juillet 1761, avec de jeunes enfants. On sait maintenant que Aubin LeCouffe a bénéficié d’un entraînement militaire dans la Marine, ce qui n’est pas le cas de tous les navigants. Donc naturellement, Aubin a dû jouer un rôle, peut-être important, dans la milice locale. Il est impossible de l’affirmer, mais Aubin semble avoir périt lors de l’attaque des établissements du Baracois de la Malbaie, lors d’une tentative de défense, finalement futile.
© Denis J. Savard, 2010
v1.2 10 juillet 2011 11:24 HE
Mimeault & Sinnett [Gaspé au fil du temps 2009] estiment que Jean Chicoine aurait été du nombre des 46 ou 47 prisonniers de Boscawen. Peut-être. Mais c’est moins sûr pour sa femme et ses trois enfants comme ils l’avancent. Même si libérés, c’est peu de temps pour se revenir s’installer au Barachois en temps de guerre. En fait, tout porte à croire que s’ils survivent l’attaque des établissements, Jean Chicoine, Aubin Lecouffle et Jean Boudeaux sont fait prisonniers et périssent pendant le voyage, alors que les femmes et les enfants se réfugient dans les bois. La nouvelle de leur décès aura sûrement atteint le Barachois avant le recensement de Du Calvet en juillet 1761, s’ils sont morts en mer. Ces femmes métissent savent subvenir aux besoins de leurs enfants dans la nature et restent sur place après les razzias, plutôt que de se réfugier à Ristigouche comme tant d’autres familles de pêcheurs. Comme ils existe au Barachois un espace voué à l’agriculture [M&S p. 84], les femmes semble donc reprendre ces terres à leur profit pour nourrir leurs enfants, une fois les seigneurs Revol et Thibodeau volatilisés.
Et ces mystérieux BOUDEAUX...
Les éléments en présence semblent suggérer que la famille BOUDEAU (parfois BAUDOT) est établi dans le secteur de Barachois depuis plusieurs années. Chicoine est installé à la pointe Saint-Pierre depuis au moins 1746, alors Aubin Lecouffle semble s’installer au Barachois après son mariage vers 1740.
Raymond Trudel (N.-B.) qui effectue des recherches sur les Chicouane, fait état de la présence de l’ancêtre Jean à la pointe Saint-Pierre selon des écrits contemporains, dans une discussion sur la famille Boudeau sur les forums de Ancestry:
« Des écrits qui date de novembre 1746 mentionne que Jean Chicouanne habitant de la Pointe St-Pierre a aperçu en revenant de Québec, en tournant le Forillon, un navire anglais dans la baie de Gaspé, il indique la position du navire portant son bord au Nord-Nord Ouest, le vent au Sud-Est, un dénommé Arbour de la baie de Gaspé lui précise que personne n'est monté a son bord, que le navire arborait un pavillon blanc [alors pavillon royal français] et qu'il était ancré le soir au Barachois St-Jean (Douglastown-Haldimand), Jean Chicoine indique qu'il n'était pas assez près pour distinguer le nombres de canons, que le navire jaugeais 250-300 tonneaux. Lorsque le navire s'approchait de terre il tirait un coup de canon de temps a autre.
« En avril 1747, étant a la chasse à la Pointe St-Pierre il (Jean Chicoine) aperçu un goélette trois mats louvoyant dans la baie de Malbaie,il est resté trois heures a observer les manoeuvres de ce navire qui entrait dans l'anse de la Pointe St-Pierre pour virer de bord et repartir vers la Pointe-à-la-Baleine», il affirme que c'est sûrement un corsaire anglais. »
Le père des BOUDEAUX, dont l’existence a échappé aux annales, a épousé une Amérindienne de la région (peut-être elle-même métisse?), sans doute vers 1710-1715. Est-il lui-même issu d’une famille établie dans la Seigneurie de Pierre Denys de La Ronde avant d’être décimée en 1690 par l’amiral Phipps? Le nom BOUDOT n’apparaît dans aucun document de cette seigneurie étudiée par Mario Mimeault [Destins de Pêcheurs, Les Basques en Nouvelle France, Septentrion, 2011; et communication personelle 20.4.2011]
Parmi les deux fils de feu Jean Boudeaux cité au recensement de 1761 ci-haut, il y a peut-être François Boudeau qui a rejoint la communauté micmac à Ristigouche. Au moins deux des filles de François dites «sauvages» épousent Pierre & Romain Anagoëtz, et la troisième Marc Larocque. Certains collègues rapportent que les Louisotte devenus Wizotte, famille très présente à Listugj (Restigouche) aujourd’hui, seraient issus d’une famille Boudeau dit Louisotte. Mais cette piste n’a pas été poursuivie à ce jour, et les contributions à cet effet sont toujours les bienvenues.
Si Louise Boudeau termine ses jours à Cascapédia, Marie Boudeau pour sa part restera ancrée autour de Percé jusqu’à sa mort en 1805. Signe peut-être d’un attachement à sa terre natale.
BAUDEAU ou BOUDEAU?
Cette question est rapidement résolue à l’examen des documents d’origine. Il faut ici faire abstraction des sources secondaires (les imprimés) qui souvent propagent les mêmes erreurs d’une génération d’auteurs à l’autre.
Sur les neuf mentions recensées dans les actes contemporains à la période dans les registres paroissiaux, le nom BODEAU n’apparaît qu’une seule fois. Et ce n’est pas par hasard, ni sans conséquences.
C’est à l’occasion du mariage de Aubin LeCOUFFE (fils de feu Aubin & de Louise BODEAU) avec Barbe DUPUIS en 1773, à Saint-Jean-Port-Joli. Comme le foyer des BOUDEAUX est à 640 km du lieu du mariage, on peut comprendre que le célébrant n’est pas familier avec ce patronyme. Bref,
Cette mention a été une mesure d’étalon,
mais au fond elle n’était qu’une simple exception.
Cette paroisse dans le giron de Québec est naturellement mieux connue des généalogistes qui nous ont précédés : C’est ce qui explique que cette version d’exception s’est propagée. Toutes les mentions inscrites dans la Baie des Chaleurs de l’époque des soeurs sont sous la forme BOUDEAU ou BOUDOT.
Les 9 mentions originales BOUDEAU/BODEAU (et occasions manquées) :
31.7.1761 Rc Du Calvet, Barachois de la Mal-Bay, Veuve Aubin Le Caufle, Veuve Jean Sicoin (Chicoine).
31.7.1761 Rc Du Calvet, St-Jean (Percé), Veuve Jean BOUDEAUX
11.1.1773 m Aubin LeCouffe (jr), Louise BODEAU (St-Jean-Port-Joli)
1.4.1774 Rc Bonaventure, Madame D’Egoufle native de l’endroit
2.5.1774 m Louise LeCouffe, Louise BOUDEAU
26.8.1774 m Aubin Chicoine, Marie BOUDEAU
22.4.1776 m Marie LeCouffe, Loüis BOUDEAU veuve
1.8.1776 Mn & grande mère de Marguerite Bernard, Louïse BOUDEAU
25.7.1781 m Jean Baptiste LeCouffe, Louïse BOUDEAU.
18.1.1787 Marie BOUDEAU Mn de Geneviève Alaigre à Percé.
10.11.1795 s Louise Legouffe (sic), 75 ans, veuve feu Aubain Legouffe.
29.9.1806 s Marie BOUDOT
À celà peut s’ajouter les BOUDOT de Ristigouche et Rivière-à-l’Anguille, qui descendent sans doute de cette branche, comme les Louisotte/Wisotte du même lieux.






Pierre
du Calvet
1735-1786
Les registres paroissiaux de Saint-Pierre-Langer sont conservés depuis 1586. Il y a cependant de nombreuses lacunes, et les actes du XVIe siècle sont en latin. Relevés jusqu’en 1779 pour cette étude.
Louise BOUDEAU
Métisse
M-à-J 10.7.2011:
Denis Jean de l’Ascension-de-Patapédia annonce le résultat d’un test d’ADN mitocondrial d’une descendante directe de Louise Boudot. Comme prévu, sa mère est de descendance autochtone.