
Le nom Hordouille est très rare ici aussi, mais en reproduisant des documents concernant le Duché de Guise, plus spécifiquement le bailliage d'Aubenton, à la recherche de la famille Lenoire au XVIe et début du XVIIe à la Bibliothèque du Château de Chantilly, deux individus portant ce nom ont été repéré. D'abord un certain Jean Hourdouille de Logny-lèz-Aubenton (village bordant Aubenton au sud), qui cultive une terre dans ce secteur, est cité en 1537 (rente? à relever) et en 1538-1539 [recette des terres du duché]. On ne précise pas dans ces deux documents l'état (le métier) de Jean Hourdouille.
Le deuxième individu est cependant beaucoup plus intéressant pour avancer un rapprochement, même hypothétique. Lors d'un différent entre le duc de Guise et un petit seigneur de la ville d'Aubenton en 1573, les parties appellent les anciens de la ville à venir témoigner sur les coutumes concernant les droits de rouage et de vinage (taxe perçue sur les denrées qui entrent dans la ville). Parmis les témoins qui passent sur ce document d'Information, il y a un certain Savart Hordouille, 70 ans, maître charpentier demeurant et natif d'Aubenton [BCC/1D46]. Comme le nom est si rare (et semble disparaître du secteur dès le début du XVIIe), et qu'il est comme Andrien maître charpentier, Savart Hordouille semble (sous réserves) selon son âge, être le grand-père de Andrien Hourdouille. Il pourrait aussi être son arrière grand-père si les générations se succèdent plus rapidement. J'utilise aussi maintenant plus librement le prénom Andrien comme il le signe lui-même, car ce prénom a été vu à plusieurs reprises dans cette région de la Picardie.
Son épouse Madeleine Lenoir est pour sa part originaire du petit village voisin de Leuze en Thiérache (Aisne 02), comme il est précisé ci-bas en 1607.

Eglise
Saint-Michel de Leuze en Thiérache
Aisne (02), France, 3e quart 18e siècle
Photo Denis
Savard, septembre 2006
André
Hourd'Houille épouse donc Madeleine Lenoir vers 1592 et
demeurent dans la région de Leuze (ou Aubenton) quelques
année semble où ils donnent naissances à leurs premiers
enfants, dont Quentin
Hordouille. Pourquoi la famille
songe-t-elle à quitter Leuze? La région est-elle sous
influence protestante au point à pousser André et sa
famille à quitter? Je n'ai pas la réponse à cette
questions, mais si c'est le cas, il on fait le bon pari.
Comme nous l'indique aussi Pierre Bonnard en
Morvand, cette région est aussi un
berceau de population important, et signale trois vagues
de repeuplement de coins dépeuplés avec des gens du
"trop plein" de Thiérache, dont une vague vers le
Morvand. Une de ces vagues est d'ailleurs en cours dans
la période qui nous intéresse. Il est possible que
l'ensemble de ces facteurs ait influencé le départ de la
famille Horouille vers Montreuil.
André apparaît ensuite dans les minutes judiciaires de la prévôté de Montreuil, le 3 juillet 1606, André Hordouille charpentier est sollicité pour son expertise avec Guillaume Hure maçon, pour dresser un Rapport de visite de maison [ANF Z/2/2500]. C'est à l'occasion de l'achat de la maison de Pierre Billet, par noble homme Pierre Baron conseiller du roi dans sa court de laye à Paris.
«(...) à la réservation toutefois de la pièce de terre ou est certaine myne de fer assise au terroir de [Leuze rayé] Martigny pour les deniers qu'il en peut être dus de fer que on en put tirer par ci devant depuis dix ans en a et avoir(?) pour lesdits arrérages en deniers dus seulement de ceux que les preneurs devoir et avoir jouit d'icelle pièce de terre depuis ledit temps de dix ans ou environ.»
C'est donc dire que sur l'une des terres de Jean Lenoir, on exploite une mine de fer. André et Madeleine demandent ainsi qu'on leur paye leur part des revenus obtenus de cette mine, soit depuis les 10 ans qu'ils ont quitté leur village natal. On précise à la fin de ce consentement que Jacques Lorquois a requis une copie des lettres, de quoi affirmer cette part acquise à leur retour à Leuze.
Une minute d'Alignement [AD93 Et/CXXXI/10] rédigée par Hiérosme Mallot, tabellion greffier juré de Montreuil, à la requête de Nicolas de St-Omer, boucher à Montreuil, par Jean Hure maçon et voyer de Montreuil, le 26 avril 1610. La maison et boutique de Nicolas donne sur le coin sud-ouest du carrefour de devant l'église. Bien que André Hourdoville n'est pas directement impliqué par cette affaire, on apprend qu'il est voisin de Nicolas de St-Omer, ce qui permet la localisation précise de la demeure Hordouille en conjonction avec des actes ultérieurs. Voir l'étude à ce sujet en cliquant l'image.

Le 20 août 1612, André et son fils Quentin apparaissent comme témoins au mariage de Jean Machart et Florence Ferier, dans la paroisse St Gervais à Paris. On ne connaît pas de liens de parenté. Mais pourquoi y sont-ils présent? Nul ne le sait. André apparaît encore comme témoins au mariage de Jean Reynauld (Regnauld) et Roberte Brésillon, en compagnie de l'autre témoin Nicolas Brésillon. Encore un fois, le mystère plane au sujet son lien avec ce couple.
André Hordouille est aussi propriétaire d'une maison sur la Rue aux Oues comme nous l'apprend un procès intenté contre lui. Le locataire des lieux Pierre Berthault n'est pas satisfait des conditions du bâtiment, et demande à André de faire les réparations à la maison qu'il ne juge pas logeable. André Hordouille lui répond qu'il a fait faire les réparations nécessaires. Selon les témoignages trouvés dans les minutes civiles de la justice de Montreuil recueillis le 11 avril 1622 dans l'Enquête sommaire copie des Minutes [AN Z/2/2500], Berthault ne semble pas avoir été satisfait des travaux car il a engagé Robert Masson maçon pour faire les réparations qu'il veut effectuer pour 12 £, en fournissant les matériaux. C'est donc pour se faire rembourser qu'il intente donc un procès contre André Hordouille. Les témoignages qui composent l'enquête sont livrés par Robert Masson qui a effectué les travaux, Jean Potel plâtrier qui a vendu les matériaux et finalement Thomas Landry manoeuvrier. Comme ce sont les seuls documents qui ont été conservé pour cette cause dans les Minutes civiles, nous ne connaissont pas l'issue du procès, ni l'interrogatoire de André qui aurait donné alors sa version des faits.
Peu après, vers le début 1623, André Hourd'Houille est encore impliqué dans un procès, cette fois contre Valentin Thioust. Ces faits sont cités dans un Accord dix ans plus tard en 1633, mais les documents concernant cette cause ne semble pas avoir été conservés. La sentence, donnée le 3 mars 1623, semble être en faveur de André Hourd'Houille.
L'année 1625 sera éprouvante pour les Montreuillois alors que la peste frappe la région. Le choc a dû être terrible pour André de perdre son fils qui a si bien appris le métier qu'il lui a transmit. Ses petits-enfants se retrouvent ainsi orphelins de père et de mère. André et sa femme ne sont plus en mesure d'élever de jeunes enfants, car la tutelle sera accordé à Jacques Pépin, grand-oncle maternel des enfants de feu Quentin Hordouille.
Le couple vit à un âge avancé. On constate le décès de d'André dans le registre de décès le 8 mars 1630 [AD93 Rg ML] à Montreuil:

Quelques
jours plus tard, l'Inventaire des biens
meubles de André Hordouille
le 18 mars
1630 est
effectué à la requête de sa veuve Madeleine Le Noir, de
Jacques Pépin au nom des mineurs, et du gendre Noël Le
Nain oo Noëlle Hordouille [AD93 Et/CXXXI/48].
L'inventaire est bien mince, car le couple semble avoir
distribué à leurs enfants la plupart de leurs biens. On
n'y retrouve que quelques articles de cuisines, quelques
meubles et des vieux vêtements et draps. Le tout n'est
estimé qu'à 16 £ 4 sols tournois. Les biens sont prisés,
ou estimés, par Jean Chauvin et Raymond Regnard. Il ne
reste qu'à payer les frais funéraires et de succession.
Ce même
jour du 18 mars
1630, la
veuve Madeleine LeNoir passe un
Accord avec Jacques Pépin et Noël
Le Nain [AD93 Et/CXXXI/48]. Le Nain accepte de prendre
la totalité des biens meubles décrits dans l'inventaire,
et se charger de les liquider comme bon lui semblera. En
échange, il se chagera de tous les frais funéraires et
de la succession. Il faut payer le notaire les
estimateurs, etc.
L'année
suivante, soit le 26 août
1631, le
gendre Noël Le Nain, se portant toujours fort de sa belle
mère Madeleine Le Noir, veuve de feu André Hourd'Houille,
et Jacques Pépin comme tuteur des enfants de Quentin
Hordouille, passent un
Accord [AD93 Et/CXXXI/51] avec
Jacques Lemaistre et Nicolas Durant. Cet accord est un
quelque peu complexe et révèle quelques faits
intéressants qui nous étaient inconnus. Dans un premier
temps, André Hordouille, avant sa mort, devait à feu
Jacques de Vitry époux de Anne Prévost la somme de
quatre livres 18 sols tournois pour une raison l'on
ignore. Avec les intérêts et des frais encourus, cette
somme est maintenant gonflée à neuf livres tournois.
Dans un deuxième temps, cet acte nous indique que
Jacques Lemaistre avait reçu après un procès une maison
qu'appartenait la famille Hordouille. Il doit sans doute
s'agir d'un retrait lignagé. Comme André et Madeleine ne
sont pas originaires de Montreuil, leurs propriétés à
Montreuil ont sûrement été acquises et non héritées, ce
qui ouvre la voie à une contestation de la vente par des
parents du vendeur, selon la coutume de Paris en
vigueur. Dans notre cas, Jacques Lemaître aurait donc
récupéré la maison, mais en retour il doit quand même
rembourser les propriétaires de la maison, comme
l'indique la suite de la transaction. Il doit encore un
montant important, car ici la veuve et les héritiers
Hordouille lui demandent de rembourser leur dette envers
les héritiers de Jacques Vitry (9 livres), à déduire de
la somme que Lemaistre doit toujours à Madeleine Lenoir.
On ne précise malheureusement pas la somme toujours dûe
par Lemaistre. C'est Nicolas Durant fils Nicolas qui
intervient pour les héritiers de Jacques Vitry, car il
est tuteur de leurs enfants mineurs.
Jacques
Pépin se sent lésé car comme tuteurs des petits-enfant, il
a réglé plusieurs questions à ses frais, et il entend être
remboursé. Noël Lenain le maréchal semble résister à ses
demandes, et Jacques Pépin se voit obliger de déposer une
requête devant le prévôt de Montreuil, pour une intention
de procès. Comme ces procès sont très coûteux, Noël Lenain
opte plutôt pour la négotiation d'une entente. C'est ainsi
que l'on retrouve une minute de
Transaction et Accord
[AD93
Et/CXXXI/52] le 6 octobre
1631.
D'abord, on indique que Noël Le Nain et sa femme Noëlle
Hourdouille habitent la maison familiale sans débourser
de loyer depuis quelques années, malgré les contrats de
rente à cet effet. Puis, Jacques Pépin a remboursé
30 livres, une partie des dettes de la communauté, dont
25 £ 10 sols à Pierre Vasseux, et un autre 14 £ 10 sols
à Sébastien Biez, le meurtrier de Pierre Thubye. Donc
ici Jacques Pépin aurait donc remboursé la part des
mineurs et 10 livres de la part de Noël Lenain et
Madeleine Lenoir. Comme quelques mois auparavant, Noël
Lenain n'a pas l'argent sonnant pour rembourser les 60
livres dus à Jacques Pépin, le tuteur Marie et Eustache
Hordoville. Par contre Claude Frémy doit 100 livres à
Noël Lenain, et on s'entend à ce que Jacques Pépin
deviennent créancier de Frémy, et remettra les 40 livres
restantes au jour du paiement.
Madeleine
Lenoir décède
trois ans plus
tard, et elle est enterrée le 6 mai
1633 à
Notre-Dame de La Pissotte (aujourd'hui Vincennes) [AD94, 1
Mi 738], alors dépendante de de Montreuil. On lit sous
«May
1633, Le vendredy sixiesme jour dudit mois et an fut
inhumée dans le cymetière de ladite église Madeleine Lenoir
[en] présence de ses parents et amys».

Le 19 mai
1633, on
trouve un
Accord [AD93 Et/CXXXI/56] entre les
héritiers de feu André Hourd'Houille et les héritiers de
Valentin Thioust & Maguerite Pesnon. Cet accord
découle d'une poursuite de 1623 qui n'a pas été
retrouvée. Jacques Pépin comme tuteur des enfants
mineurs de Quentin Hordouille et Noël Le Nain à cause de
sa femme Noëlle Hordouille en viennent donc à un accord
avec les héritiers de Valentin Thioust. Ces derniers
doivent verser 100 £ aux Hordouille dans cette affaire,
ainsi que payer les frais de cette cause qui ne semblent
pas avoir été réglés. Valentin Thioust a connu beaucoup
de démêlés avec la justice en son vivant. Une étude
particulière est d'ailleurs en cours à son sujet.
Les enfants
connus de André Hordouille et Madeleine
Lenoir:
1.
Quentin
Hordouile o vers 1594
Leuze (02); m 1615 Marie
Souhaitté
2.
Noëlle Hordouille o vers 1596
Leuze; m 1621 Noël Le Nain.
3.
Nicole Hordouille o 24 décembre
1597 Montreuil (93) (Pn Jean Girard, Mn Catherine de Vitry
et Perrette Prévost) semble décédée jeune.
4.
Anne Hordouille o 8 janvier
1601 Montreuil (Pn Yvon Bidault et Didier [?] des Oucault
Mn Anne Maillard de Bagnolet); semble décédée jeune.
5.
Jeanne Hordouille o 3 février
1604 Montreuil (Pn Michel Fremy, Mn Barbe LeNoir et Anne
Souhaitté); semble décédée jeune.
6.
Charles Hordouille o 5 août 1607
Montreuil (Pn Charles de Lugerie[?] et Jean Regnard, Mn
Madeleine Pa_?); semble décédé jeune.
